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Conseils et guides

La génoise provençale : à quoi elle sert et comment elle vieillit

Un ouvrage technique déguisé en ornement, dont la dégradation se voit toujours trop tard.

On la regarde comme un ornement. Ces rangées de tuiles superposées qui couronnent la façade, juste sous l’égout, donnent au bâti provençal sa silhouette reconnaissable. Mais la génoise n’a pas été inventée pour décorer : c’est un ouvrage technique, et quand elle se dégrade, c’est la façade entière qui en subit les conséquences.

À quoi sert une génoise

Sa fonction première est d’éloigner l’eau du mur. Sur une construction en pierre ou en moellons hourdés à la chaux, le pire ennemi est le ruissellement qui lave la façade à chaque pluie. En empilant deux, trois ou quatre rangs de tuiles canal en encorbellement, on déporte la ligne d’égout de vingt à quarante centimètres au-delà du nu du mur. L’eau tombe alors au sol, loin du pied de façade.

Sa seconde fonction est structurelle. La génoise constitue un couronnement maçonné qui rigidifie la tête du mur et répartit la charge de la charpente. Dans beaucoup de bâtisses anciennes, elle solidarise le mur et la sablière.

Sa troisième fonction est de protéger les têtes de chevrons. En les enveloppant dans la maçonnerie, elle les met à l’abri de la pluie battante. C’est aussi, on le verra, sa principale faiblesse.

Comment elle est construite

Le principe est simple et se lit à l’œil nu. Chaque rang de tuiles canal est posé concavité vers le bas, noyé dans un mortier, et déborde légèrement du rang inférieur. Le nombre de rangs a longtemps signalé le statut de la maison : un rang pour une remise, deux pour une maison courante, trois ou quatre pour une demeure importante.

Le mortier d’origine est un mortier de chaux, souple et perméable à la vapeur. Ce point est fondamental pour comprendre la suite : la génoise traditionnelle est un ouvrage qui respire et qui bouge un peu.

Comment une génoise vieillit

Le délavage du mortier

La chaux se dissout très lentement sous l’effet de l’eau et du gel. Au bout de plusieurs décennies, les joints se creusent, les tuiles se déchaussent et l’ensemble perd sa cohésion. Le premier signe visible est un rang dont les tuiles ne sont plus parfaitement alignées.

La pourriture des têtes de chevrons

C’est le désordre le plus grave et le moins visible. Si l’eau pénètre par le haut de la génoise, parce que la première rangée de tuiles au-dessus est défectueuse, elle atteint les têtes de chevrons enfermées dans la maçonnerie. Le bois ne peut ni sécher ni être inspecté. Il se dégrade sur vingt ou trente centimètres, parfois davantage, avant que quoi que ce soit n’apparaisse à l’extérieur.

Les reprises au ciment

Un grand nombre de génoises ont été reprises au mortier de ciment au cours des cinquante dernières années. Le ciment est dur, étanche et rigide. Il empêche le mur de respirer, il ne suit pas les mouvements et il finit par se décoller en plaques, emportant la surface des tuiles au passage. Une génoise cimentée vieillit toujours plus mal qu’une génoise à la chaux.

La végétation

Les joints creusés retiennent des poussières, puis des graines. Un figuier ou une pariétaire installée dans une génoise décompose l’ouvrage en quelques années, ses racines écartant les tuiles avec une force considérable.

Diagnostiquer sans démonter

Plusieurs indices se lisent depuis le sol. Un rang dont la ligne ondule signale un mortier qui a lâché. Une traînée sombre et verticale sur la façade, sous un point précis de la génoise, indique que l’eau ne tombe plus librement mais ruisselle. Un enduit qui cloque ou s’écaille juste sous la génoise traduit une humidité permanente à cet endroit.

Depuis les combles, l’examen porte sur les chevrons en pied de versant. On cherche un bois noirci, tendre sous la pointe d’un outil, ou de la sciure fine au sol qui trahit des insectes attirés par l’humidité. Un chevron sain sonne plein sous le marteau ; un chevron atteint sonne creux.

Ce que suppose une reprise

Reprendre une génoise n’est jamais un travail de façade au sens propre. Il faut déposer la première rangée de tuiles de la couverture pour accéder au dessus de l’ouvrage, vérifier l’état des têtes de chevrons, remplacer ou greffer celles qui sont atteintes, puis reconstruire les rangs au mortier de chaux avec des tuiles de récupération compatibles.

C’est pourquoi une reprise de génoise se combine presque toujours avec une intervention sur la couverture, qu’il s’agisse d’une rénovation de toiture ou au minimum d’une reprise des rives et de l’égout. Traiter la génoise seule revient à refaire une façade sans avoir arrêté la fuite qui la mouille.

Génoise et gouttière

Question fréquente : peut-on poser une gouttière sur une génoise ? Techniquement oui, mais rarement sans compromis. La génoise a été conçue pour se passer de gouttière, et la fixation d’un profil sur un ouvrage en encorbellement demande des supports adaptés qui ne sollicitent pas les tuiles.

Dans certains cas, la gouttière se justifie : passage piéton sous l’égout, terrasse, ou volonté de récupérer les eaux de pluie. La mise en œuvre relève alors d’un travail de zinguerie soigné, avec des crochets fixés sur la charpente et non sur la maçonnerie. Dans les autres cas, laisser la génoise faire son travail reste la meilleure option.

En résumé

La génoise éloigne l’eau du mur, rigidifie la tête de maçonnerie et abrite les têtes de chevrons. Elle vieillit bien tant que l’eau ne l’attaque pas par le haut. Surveillez donc la rangée de tuiles qui la surmonte, refusez les reprises au ciment, et arrachez toute végétation dès qu’elle apparaît dans un joint.

Questions rapides

Peut-on reprendre une génoise au ciment ?

C’est à éviter sur une maçonnerie ancienne. Le ciment bloque les échanges de vapeur et sa rigidité provoque des décollements. Le mortier de chaux reste la réponse adaptée.

Une génoise peut-elle s’effondrer ?

Partiellement, oui, quand le mortier a disparu sur une longueur suffisante. Les tuiles tombent alors par paquets. C’est rare mais dangereux, surtout au-dessus d’un passage.

Faut-il enduire une génoise ?

Les faces visibles étaient traditionnellement enduites à la chaux, ce qui protège le mortier. Un badigeon de chaux périodique prolonge nettement la durée de l’ouvrage.

Combien de rangs faut-il refaire ?

On reprend généralement l’ensemble des rangs sur la longueur atteinte, car les rangs sont solidaires. Reprendre un seul rang crée une discontinuité qui rouvre le même désordre.

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